Hommages à Fance Franck

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©DR.

Une des premières choses que nous avons faites avec ma femme Olivia quand nous avons repris l’atelier a été d’aller chercher des dizaines de kilos de terre. C’était mon premier contact avec la Matière. Elle a envahi tous les pores de ma peau, de mes mains, de mes bras. Après l’effort, je me suis lavé et séché les mains. Des sensations que je n’avais jamais eues auparavant de douceur, de repos, de pureté et de force m’ont envahi.

Un souvenir s’est imposé à moi. Lors de mon dernier adieu à Fance, j’avais pris ses mains dans les miennes. Ses mains m’avaient dit : la douceur, la pureté, la force et le repos sont là !

J’ai levé les yeux et vu trois coupes de Fance sur l’étagère. Elles m’ont dit : la beauté est là !

Jean d’Albis

 

C’est quelques mois après la mort de Francine Del Pierre, survenue le 17 janvier 1968, que j’ai fait la connaissance de Fance Franck. C’était à Saint-Tropez où régulièrement Francine et Fance venaient travailler, durant l’été, dans le vaste et merveilleux domaine des descendantes d’Emile Olivier.

Fance émergeait lentement de l’épreuve qui venait de la priver si brutalement, à la fois, du maître et de l’amie. Mais, au-delà de son désarroi et du réconfort qu’elle cherchait auprès de ses amis, on percevait la force de sa personnalité et le mélange de souplesse et d’opiniâtreté qui caractérisait son intelligence ainsi que son attachement à la pensée de Francine Del Pierre. La fidélité à cet héritage précieux l’a accompagnée sa vie durant et nul mieux qu’elle ne sut évoquer le talent, la vocation pourrait-on dire de la grande céramiste trop tôt disparue. Attentive et ouverte aux autres, Fance Franck faisait son miel de tout ce qu’elle voyait, lisait, entendait, les lettres et la philosophie avaient été sa première formation et elle en nourrissait son imagination créatrice.

Étant responsable du musée des Arts décoratifs de Bordeaux, riche d’une importante collection de céramique, j’ai proposé à Fance Franck une exposition de ses poteries et porcelaines qui eut lieu en 1976, accompagnée d’un catalogue et d’un texte écrit au terme de longs et fructueux entretiens. Voir Fance travailler dans son atelier, l’accompagner à Sèvres, l’entendre parler de sa céramique, de celle des autres, des oeuvres de Del Pierre, de Bernard Leach notamment, ou de l’art chinois était passionnant et riche d’enseignements. J’ai beaucoup appris à son contact et je me souviens aussi de nos rencontres avec Daisy Lion Goldschmidt, grande spécialiste de la céramique chinoise, et Madeleine Paul-David du musée Guimet.

Tout en ayant conscience de la qualité de sa création, Fance ne s’en contentait pas et poussait toujours plus loin sa recherche. Ses longs séjours au Japon puis en Chine en témoignent largement. Chez cette Américaine venue de son Alabama natal, il y eut toujours, et jusqu’au bout, une volonté opiniâtre d’aller en avant, c’était son côté « pionnier du Nouveau Monde ».

Grâce à cette application constante à parfaire la subtile pureté d’un profil, dans la recherche inlassable de la matière et des fines nuances qui la colorent, on sent à la fois l’héritage d’une tradition longuement méditée puis assimilée et une manière infiniment personnelle.

Si la céramique, au-delà du plaisir esthétique qu’elle nous apporte est un langage qu’il faut apprendre à décrypter, celle de Fance Franck, ineffablement, invite au recueillement devant cet accord heureux, né de la maîtrise technique et des élans de la sensibilité.

Jacqueline du Pasquier

 

© Valérie Winckler.

Lorsque l’on entrait dans la cour de la rue Bonaparte, la lumière de la ville s’y égayait tout à coup comme protégée, à l’abri du bruit et des passants. Les plantes et les fleurs qui y poussaient étaient avenantes car visiblement très aimées et présageaient l’accueil que nous aurions à l’atelier.

Une porte légèrement en contre bas, un peu cachée dans l’angle droit de cette cour au charme certain de Saint Germain des Prés, s’ouvrait alors. Fance apparaissait avec un sourire malicieux d’une merveilleuse intelligence et invitait gracieusement à faire attention à la marche. Nous nous disions bonjour, dans la petite entrée en contre bas avant de s’aventurer dans l’atelier. C’était un instant d’une grande gaieté, tant la suite de nos entrevues était profonde et constructive.
Tout en mettant mon tablier afin de me plonger dans l’ambiance d’une bonne journée de travail, je m’enivrais du silence très spécial qui régnait dans l’atelier. Celui-ci est couché en longueur, sombre, éclairé tout au bout par une longue verrière. Nous travaillions à cet endroit sur de longues plaques de marbre, cet espace très dégagé communiquait avec le fond de l’atelier où résidait le four électrique, le magnifique four à gaz et tout le nécessaire pour travailler la céramique ainsi qu’un merveilleux espace de rangement.

Les murs blancs, Le carrelage blanc, lui aussi d’une propreté inouïe pour un lieu où l’on travaille la terre, les étagères simples en bois teint étaient là, limpides pour accueillir les céramiques de Francine Del Pierre à l’origine de cette aventure, de Fance Franck bien sûr, toujours en mouvement dans une retenue qui inspirait le respect.

Tout était calme et dense à la fois. L’espace était ouvert, ouvert aux lignes présentes et à venir. Chaque objet chantait de ses courbes. Celles que l’on pouvait toucher de ses mains ou du regard et celles invisibles et combien puissantes qui émanaient de chaque pièce et dont la force les dépassaient. Toutes ces œuvres offertes au regard dégageaient une présence unique d’une profonde simplicité qui invitait au silence et à la contemplation. Le rouge frais jouait avec les céladons et la pureté de leur glacis ainsi que l’extrême simplicité des formes concentrées sur l’essentiel étaient fascinantes.

Fance aimait parler de ses œuvres, de la céramique, de son rapport profond avec l’architecture. Ce qui était émouvant c’est qu’elle cherchait toujours le mot juste pour décrire au mieux sa pensée et l’on découvrait combien Fance était amoureuse de la langue française, ce qui était admirable à écouter. Elle aimait aussi profondément la poésie et récitait souvent tel poème de ses auteurs préférés anglo-saxons, français ou japonais et tout cet amour des mots justes résonnait dans son œuvre qui jouait avec l’équilibre des formes comme l’on joue avec les mots. A la perfection technique de ses œuvres, à l’intensité de ses glaçures, s’ajoutait comme par enchantement, une profonde poésie.

Ma première rencontre avec l’œuvre de Fance fût lorsque j’habitais au Japon et que j’étais accueillie à « Bunkazai Kenkujo », l’Institut national de conservation des œuvres d’art de Tokyo, pour étudier l’art de la laque en vue de restaurer à mon retour en France, les céramiques japonaises, coréennes et chinoises au laque d’or. Une amie passionnée de céramique m’apporta un article paru sur Fance Franck dans « Connaissance des arts », c’était en 1993, je fus d’emblée profondément émue de découvrir son œuvre d’une force unique qui rayonnait tel un art majeur au même titre que la céramique chinoise de l’époque Song qui me fascinait. Je voyais dans l’œuvre de Fance pourtant une œuvre à part, profondément respectueuse du passé, inscrite dans une certaine lignée mais tout à fait innovante et personnelle et cette forme de travail me passionna d’emblée. Ce n’est qu’à mon retour en France que j’ai connu Fance Franck pour qui j’ai restauré certaines de ses pièces au laque d’or qui sorties du four avaient subi quelques fissures avantageuses. Je les restaurais donc dans la tradition japonaise où les objets détériorés sont mis en valeur en ourlant au laque d’or leur cassure, ce qui leur offre une deuxième vie pleine de charme et de lumière tout en respectant leur histoire. Nous partagions Fance et moi-même, notre admiration pour l’Orient, pour la céramique chinoise de l’époque Song bien sûr, aux formes si pures et intemporelles, pour les céramiques japonaises à l’esprit Mingei, celles de Hamada, de Kawai Kanjiro et de leurs successeurs. Nous parlions de nos expériences respectives au Japon, de nos découvertes et ce fût une merveilleuse rencontre.
Fance était un être rare. Elle avait la qualité du regard, la joie liée à la parole juste, une ouverture d’esprit sans pareil et un grand respect de la personne humaine. Fance avait le don de capter le meilleur de chaque être et de le mettre en valeur et créait ainsi une longue chaîne d’amitié qui aujourd’hui encore nous incite à donner un peu de nous même à l’atelier de la rue Bonaparte pour que soit transmis cet esprit emprunt de création et de liberté.

Lorsque Fance Franck me propose de devenir son élève, j’hésitais un peu, vue la rigueur du travail que cela supposait. Mais Fance avec sa grâce naturelle a su me montrer le chemin. Il est encore long mais colombins après colombins, mon travail prend forme. Nous avons donc constitué un petit groupe d’élèves pour travailler le vendredi à l’atelier, Rue Bonaparte et l’aventure commençait.

Fance agissait comme une passeuse. Elle nous invitait délicatement à adopter des gestes sûrs répétitifs et justes qui bien que lents se révélaient cours après cours d’une efficacité exemplaire. Nous étions face à nous même et nous nous devions d’aller à l’essentiel avec une économie de gestes et de moyens qui demandaient une grande concentration. Ces gestes qu’avaient pensés Francine Del Pierre pour créer ses œuvres au colombin sans intervention du tour dans leur légèreté et leur retenue nous offraient un chemin, une voie pour acquérir une merveilleuse liberté d’expression. L’atelier de la rue Bonaparte qui avait vu le travail de deux générations de femmes, éminentes céramistes, était extrêmement bien pensé. Chaque objet avait sa place et le lieu invitait immédiatement au travail, conçu pour se concentrer uniquement sur la création avec une grande efficacité autant qu’une grande simplicité.

C’est très émouvant pour moi d’essayer en quelques pages de parler de ces moments partagés avec Fance Franck en tant qu’une de ses élèves. Il était si impressionnant de voir combien Fance était dévouée à son art, elle s’y est consacrée totalement et ce jusqu’à la fin de sa vie avec une énorme force vitale. Son travail emprunt d’une profonde spiritualité rayonne encore aujourd’hui et dans son œuvre et dans l’atelier de la rue Bonaparte prêt à continuer l’aventure. Pour Fance Franck l’art de la céramique était une voie, l’œuvre de toute une vie.

Marie Saint Bris-Bouyer

 

©DR.

Je venais, au début de 2003, de poser mes sacs dans une chambre de bonne à laquelle la fenêtre, défendue par de larges barreaux, donnait tout d’une cellule. Mes meubles dans des granges, ma bibliothèque engeôlée dans une cave, mes travaux d’écriture nécessitant plus que jamais temps et labeur, j’étais sans revenus lorsque j’appris qu’une céramiste américaine recherchait un secrétaire.

Doté, depuis la plomberie jusqu’au sonnet, d’une honnête expérience d’homme à tout faire, je jugeai la tâche dans mes cordes et me présentai, recommandé par le bon caviste de Saint-Germain, un après-midi de janvier à l’atelier de la rue Bonaparte.

Fance, qui avait étudié la littérature avant de s’orienter vers la céramique, ne pouvait mal me recevoir. J’étais, comme elle, un « artiste » – mot qui, dans son esprit, avait une portée toute baudelairienne :

« Il n’y a de grand parmi les hommes que le poète, le prêtre et le soldat, l’homme qui chante, l’homme qui bénit, l’homme qui sacrifie et se sacrifie. Le reste est fait pour le fouet. »

Je fus adoubé par celle qui s’était battue pour que le céramiste fût reconnu comme un artiste à part entière par la Sécurité Sociale française. Elle me confia dès lors son carnet d’adresses et son ordinateur avec mission de verser le contenu du premier dans le second.

Se révélèrent alors, au fil de nombreuses rencontres, nos caractères respectifs : Fance aimait à diriger et je goûtais, pour ma part, fort peu d’être commandé. La céramiste avait cependant besoin d’un secrétaire et le secrétaire d’argent. Ainsi se poursuivirent, au fil des semaines puis des mois, des relations où nos natures se heurtaient jusqu’à ce que fût sonnée la fin du « travail » et que débutât le temps de l’amitié, qui était assez rapidement née entre nous.

Elle oubliait que j’entendais, fut-ce dans son atelier, mener les tâches qu’elle me confiait selon ma volonté et je lui pardonnais son dirigisme – elle restait chez elle…
Nous ouvrions une bouteille et nous mettions enfin à parler du seul travail qui avait à nos yeux de l’importance : celui de créateur.

Les artistes, il est vrai, sont un peu pareils aux soldats : ils ont fait le choix de tout sacrifier – jusqu’à la vie – à leur projet. Comme les prêtres, ils savent le sacerdoce qui est celui de leurs semblables. Nul n’ignore les efforts consentis chaque jour par l’autre. Aussi existe-t-il une immédiate intimité entre eux.

Fance décrivait ses recherches et parlait de son art ; je découvrais son travail, évoquais le mien. Nous n’étions plus que des êtres parlant de ce qui leur tenait le plus à cœur. Nous en tirions tous deux profit et bienfaits.

Je devins, à force de visites à l’atelier, familier des céramiques. J’en vins à emballer les pièces pour les expéditions vers des galeries américaines, puis à préparer celles sélectionnées pour l’exposition à la mairie du 6ème arrondissement qui accompagna, un an après notre rencontre, la sortie d’un beau livre sur le travail de Fance Franck et Francine Del Pierre.

Grâce à l’amitié d’Etsuko Morimura, qui accompagnait souvent nos apéritifs, je passai alors plusieurs mois à travailler à l’espace audiovisuel de la Maison de la Culture du Japon à Paris, dont elle dirigeait la bibliothèque.

Ce fut pour moi l’occasion de recopier sur un ordinateur le manuscrit du roman que j’entendais voir publié. Ainsi Fance découvrit-elle parmi les premiers ce travail – depuis paru. Je n’étais plus son secrétaire, mais un ami qui lui donnait à lire ses textes, entendait son point de vue et s’inquiétait de ses propres créations.

Je venais désormais l’aider sans qu’il fût encore question d’argent entre nous, hors les cas où le lui refuser l’eut blessée. J’ai ainsi découpé un certain nombre de fleurs et de chevaux dans des feuilles d’étain dont Fance usait comme pochoirs lors de l’émaillage. Et combien encore de manipulations sur l’ordinateur dont la vie propre contrariait fort le goût qu’avait Fance de comprendre et gouverner son environnement.

Hors quelques palets de terre cuite gravés de dessins rupestres, je n’ai pas cherché à travailler la céramique. Chacun son art, chacun ses rêves, qu’ils soient de terre ou de verbe…

Cela dura ainsi jusqu’à ce que Fance Franck, un jour d’août 2008, décide d’aller au-delà de la terre. Accueilli alors en Alsace dans une résidence d’écrivains, je l’avais quittée en avril, l’avant-veille de mon départ. Un Premier cru classé de Saint-Émilion, dont elle avait bu deux verres, avait accompagné cette dernière rencontre. Elle s’inquiétait de mon travail ; je m’inquiétais seulement d’elle.
La rencontre n’en demeura pas moins heureuse, ainsi qu’elles avaient toutes été. Il n’y avait pas, tout du moins avec moi, d’évocation de la mort dans les propos de Fance ; jamais il n’y en avait eu, malgré ses accidents de santé successifs, sinon pour rapporter celle des autres. Nous parlions de tout autres choses : la vie, en somme.

La céramique est l’un des plus anciens témoignages que nous retrouvons des civilisations passées : Fance, pareille à la terre, avait un petit air d’éternité dans le regard, comme tous ceux qui créent et dont le travail leur survivra.

François de Gourcez

 

Lorsque je pense à Fance Franck, c’est bien sûr, à l’artiste, à la céramiste incomparable, si je vais au bout de cette pensée, c’est bien plus encore à la personnalité de cette femme qui la rendait unique parmi ses amis. Fance, l’américaine, avait bien compris l’esprit français, elle n’avait de cesse de trouver le mot juste pour s’exprimer dans notre syntaxe.

Tant de souvenirs surgissent autour de cette amie de plus de 40 ans, incomparable, généreuse, prodiguant son immense talent.

Avec quel soin elle travaillait, à la fois maître et esclave de l’œuvre, cherchant à mieux comprendre et à mieux transmettre, à développer des moyens techniques pour concrétiser sa pensée ; elle en parlait souvent avec mon mari, Philippe Daudy, passionné par sa recherche.

Que de moments heureux passés dans l’atelier, avec Francine Del Pierre, l’amie, la complice, céramiste sensible, délicate et le peintre Sergio de Castro, cérémonial des jours d’enfournement, puis, la cuisson terminée, les pièces découvertes avec surprise et émerveillement. Quelle fête, suivie d’un repas savoureux sur la longue table de l’atelier ! Les discussions interminables, sur des sujets les plus variés : la porcelaine en était le centre, nous refaisions le monde, avec l’enthousiasme de la jeunesse.

La mort de Francine est un déchirement. Fance vient alors nous voir à Chartres, la terre à blé. Notre amie texane se ressource, se couchant à même le sol, palpant la terre ; elle retrouve ainsi la sérénité.

Elle avait un petit compagnon, un basset, Oggi. Sa vivacité amusait les enfants. Il faisait partie de la famille.

Après la disparition de Francine, elle se livre à des expérimentations de rouge de cuivre appelé plus tard « rouge sacrificiel » elle retrouve peu à peu la formule oubliée du XVe siècle. Pour cela, ayant bénéficié d’une bourse, elle fera plusieurs voyages au Japon.

Reconnue dans les musées et galeries, le monde entier lui rendra hommage.
J’ai le souvenir exceptionnel, émouvant, de son exposition, en 1996, au Musée de l’Hermitage, à St Petersbourg. Première exposition d’une artiste vivante dans ce prestigieux musée.

Une année passée, le souvenir est là, immuable, la tristesse implacable, chaque jour je pense à l’amie, à l’artiste qu’elle fut et demeure. Une telle valeur appartient à l’Eternité.

Marie-Christine Daudy

 

Le nom et la personnalité de Fance Frank sont pour moi indissociables de ceux de Marguerite Yourcenar. Fance est la destinataire de lettres du grand écrivain dont elle était l’amie ; deux d’entre elles ont été publiées aux éditions Gallimard dans un recueil intitulé « Marguerite Yourcenar, lettres à ses amis et quelques autres ». C’est la lecture des ces lettres qui a suscité chez moi le désir de connaître Fance Frank, dont je ne savais rien si ce n’était sa renommée de céramiste. C’est donc par ce biais que nous nous sommes rencontrés rue Bonaparte, pour un thé. Fance était d’une élégance parfaite, je la revois dans la lumière de son atelier, vêtue d’un pantalon marine, chaussures plates, chemisier blanc aux manchettes retournées telles que Jean Cocteau les avait mises en vogue. La tête était remarquable,avec un je ne sais quoi d’austère.

Sa conversation aussi était singulière, pas de « small talk » ; Fance ne parlait jamais pour ne rien dire, les réponses aux questions posées étaient mûrement réfléchies et s’énonçaient avec les termes les plus précis. Fance cultivait la pensée et le mot justes.

C’est Fance qui la première a « entendu » le livre que j’ai plus tard consacré à Marguerite Yourcenar, lors d’une lecture qui eut lieu dans son atelier, un soir de printemps. Ses remarques lapidaires m’ont aidé à parfaire ce texte.
Je garde le souvenir de moments privilégiés à regarder les céramiques de Fance sortir de son four d’alchimiste, je m’émerveillais de leur finesse, tellement accordée à celle de leur auteur.

Les derniers mois de sa vie, nous avons échangé quelques conversations téléphoniques où il était question de la beauté de certains sommets des Alpes suisses, de la fraîcheur d’un jardin, ou encore de celle d’une oliveraie du Midi de la France.

Si la disparition de France Franck m’a beaucoup chagriné, je rends grâce au destin d’avoir pu la côtoyer pendant quelques années, elle restera toujours pour moi une image de ce que la civilisation, la culture, et la spiritualité peuvent produire de plus élevé.

Son esprit m’accompagne.

Christian Dumais-Lvowski

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